Pop Art in Music

Tributes by VANOVERDOSE

 

Vanoverdose

 

Ce gribouilli (pardon : cette magnifique oeuvre d'Art !) est de la main de Dan Mc Roll, le chanteur du groupe "LUNAPARK". Il a été réalisé pendant la session d'enregistrement de l'album "TILT" au studio Shiva à Bruxelles en 1979. 

"VANOVERDOSE" c'est donc moi et "VAN HOL'ME TIGHT" c'est Sylvain Van Holme, le producteur :-)

 Pop Art in Music

Tributes by VANOVERDOSE

 Exposition raisonnée de pochettes de disques vinyles 

 

Visitez la galerie sur Peupl'Art

 

 Concept

 La pochette d’un 33 tours c’est la rencontre de la musique et de l’art plastique, car les couvertures de certains disques vinyles sont de véritables œuvres d’art. 

Certaines ont été conçues par les plus grands : Andy Warhol, le « pape du Pop Art » en a signé 56 entre 1947 et sa mort en 1987 ! (*) 

Le « Pop Art » est ce courant artistique majeur qui questionne les consommateurs sur la société de production de masse et présente l'art comme un simple produit à consommer : éphémère, jetable et bon marché… 

La culture Pop existe quelque part entre la mode et l'art, mais penche beaucoup plus du côté de l’Art. Son impact a été très important grâce aux disques vinyles.

Rappelez-vous quand vous avez choisi et acheté un 33 tours : vous avez observé la pochette, l’avez  touchée, l’avez ouverte et découvert ce qu’elle contenait.

Puis vous avez sorti le disque, l’avez posé sur la platine, déposé l’aiguille et réglé le volume : Waw !

Souvent, les pochettes de vinyles sont des « portails » qui donnent à leurs fans de riches sources d’information sur leurs idoles, tout un univers d'inspiration et d'idées au-delà de la musique.

Le disque vinyle s'est affirmé comme une présence tangible dans notre vie car il est plus facile de s’attacher à la musique quand elle est concrétisée par un support physique, plutôt que par un médium immatériel qui coule quasi gratuitement comme l’eau d’un robinet.

 C’est probablement pour cela que les gens sont attachés à la musique des années « vinyle » d'une manière durable et profonde…

 Mon concept artistique, c’est la mise en valeur de ces pochettes, devenues mythiques, sur le support cher à Andy Warhol : la toile carrée de 1 m².

 L’œuvre, au départ toile, dessin ou photo, a été utilisée pour « vendre » le disque vinyle : je replace tout simplement ce produit de grande consommation d’où il vient, c'est-à-dire sur la toile.

 L’œuvre évoque le souvenir d’un temps révolu, interpelle par une phrase, un slogan, une question en rapport avec le contexte de l’époque, suscite les émotions par la mise en œuvre, les couleurs, les contrastes visuels et, surtout, fait revivre la musique dont la pochette n’est en fait que l’évocation, l’emballage publicitaire du « produit ».

 La vraie œuvre d’art n’est pas la pochette, mais la musique qu’elle contient, protège et promotionne. Car la musique est le seul art qui soit en prise directe avec l’esprit.

 (*) Andy Warhol - Les Pochettes de disques 1949-1987 - Catalogue raisonné, par Paul Maréchal.

 

Démarche artistique

 

 Ingénieur du son, j’ai travaillé dans les grands studios d’enregistrement analogique des années ’70.

 J’ai vécu ces années de création intense avec les musiciens de l’époque, du Rock et du Blues à la Pop Music, au Punk et à la New Wave, jusqu’à l’arrivée du Compact Disc et de son emballage minuscule…

 L’ambiance de mon studio, le contact avec les musiciens, la nostalgie de cette période d’intense créativité musicale et picturale où l’on s’exprimait au travers de l’art et de la culture, m’a conduit tout naturellement à allier la musique et le Pop Art.

Mes œuvres sont donc imaginées et réalisées dans le lieu même où naît la musique : le studio d’enregistrement.

 Andy Warhol peignait en écoutant du Rock à plein volume, laissant la musique envahir son esprit, l’envoûter et guider son pinceau…

 Et, à l’instar du Maître dans sa Silver Factory, le son du disque vinyle m’accompagne pendant tout le processus de création… 

 

 

Technique utilisée et présentation des œuvres

 

 Les œuvres sont réalisées en peinture sur toile, acrylique et huile, avec des collages de pochettes de disques vinyle et des incrustations diverses.

 En option, une « flight-case », décorée extérieurement au nom des musiciens, protège la toile évocatrice de 1 m² (soit 10 fois la surface de la pochette).

 Dans ce cas, la toile est mise en valeur par des éclairages intégrés réglables.

 Et surtout, la flight-case contient un « tourne-disques » autonome qui permet d’écouter le disque vinyle dont la pochette est évoquée par le tableau ! 

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 THE VELVET UNDERGROUND & NICO

Produced by Andy Warhol  - 1967 

 

Le groupe  “The Velvet Underground” doit son nom à un roman de Michael Leigh publié en 1963. Sterling Morrison, l’un de ses membres, expliqua ce choix : « Nous l’avons jugé approprié, pas à cause de la thématique sado-maso du livre mais parce que le mot « underground » correspondait à notre engagement dans les milieux de l’art et du cinéma ».

 Warhol devint manager du groupe en 1966, après l’avoir  vu jouer au Café Bizarre de Greenwich Village (New York), et lui imposa la chanteuse allemande Nico. En acceptant de travailler avec lui, le Velvet assurait du coup la partie musicale d’ Exploding Plastic Inevitable, le spectacle multimédia que le Pape du Pop Art avait imaginé et qui fut donné un peu partout en ’66 et ’67 en Amérique et au Canada.

 « The Velvet Underground & Nico : A Symphony of Sound », film muet (!) en N/B 16 mm de 67 minutes et réalisé durant les répétitions à la “Factory” (le loft-atelier d’Andy), accompagnait les « happenings ». A leur apogée, ceux-ci constituaient de véritables prestations multimédia interactives avec, à la clé, projection de diapositives, effets kaléidoscopiques et stroboscopiques (voir le verso de la pochette), et danseurs.

Ce fut une contribution majeure de Warhol au monde de la musique contemporaine, à l’origine des événements Rock d’aujourd’hui.

 Andy Warhol assista aux enregistrements du groupe en tant que producteur financier, puisqu’il ne connaissait rien au métier des studios. Au lancement, les ventes franchirent à peine le cap des 5.000 copies. Il faut dire que le disque avait été censuré par la plupart des radios à cause du texte d’ «Heroin », une chanson très controversée. Toutefois, les textes à portée sociale de Lou Reed sur une musique clairement expérimentale distinguèrent très vite le Velvet au sein de l’avant-garde. Le groupe devait d’ailleurs exercer au cours des années suivantes une influence considérable sur les groupes alternatifs, de punk et de hard rock notamment.

 Innovante à plus d’un titre, la pochette de Warhol marque une percée fulgurante dans la façon de commercialiser la musique. Par son recours au Pop Art d’abord : de simple nourriture, la banane est en effet élevée ici au rang d’icône, comme les boîtes de Campbell’s Soup en 1962. Plus ludique, la seconde nouveauté réside dans l’autocollant « pelure » : une instruction canaille invite l’acquéreur à «peler lentement pour voir » la pulpe étonnamment rose du fruit. Troisième précédent : l’absence totale de titre et de mention du groupe !

 Warhol conçut la pochette comme une œuvre d’art autonome. A preuve, la signature plus qu’évidente de l’artiste. Ce dernier dissocia complètement la création picturale du contenu musical. Rien ne rapprochait en effet la banane des compositions de ses protégés. Et puis Warhol était déjà célèbre, mais pas son groupe. Ce concept révolutionnaire devait faire de l’album l’un des plus célèbres de toute l’histoire de la musique.

 C’est la première pochette « découverte » d’Andy Warhol : l’acheteur est invité à peler la banane pour voir.

 Autre considération, l’art visuel présente comme produit de masse : en règle générale, les œuvres sont tirées à un nombre restreint d’exemplaires. Ignorant le réseau des galeries d’art, Warhol diffusa celle-ci à grande échelle par l’entremise des disquaires, très courus, après les raz-de-marée d’Elvis Presley et des Beatles. Andy Warhol générait ainsi une nouvelle contradiction : après avoir sublimé une objet banal, il le réintroduisait dans la vie courante par le biais d’un véhicule publicitaire accessible à tous, le disque vinyle. Warhol n’avait-il pas souhaité être aussi connu que Coca-Cola ?

 Signe de l’intérêt exceptionnel du Velvet, une gravure inédite sur acétate s’est vendue 25.200 $ aux enchères e-Bay en 2006 !

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 THE ROLLING STONES – STICKY FINGERS  - 1971 

 2e pochette “découverte”  d’Andy Warhol

  La plus fameuse pochette des Rolling Stones est un objet atypique, une pièce unique à composantes multiples. Le recto et le verso présentent en gros plan un bassin masculin vêtu d’un jeans, vu respectivement de face et de dos. A l’emplacement de la braguette est fixée une authentique fermeture éclair : en l’ouvrant on entrevoit le slip du modèle, en fait une troisième photo collée sous le verso de la pochette.

C’est la deuxième pochette « découverte » d’Andy Warhol : l’acheteur est invité à ouvrir la fermeture éclair pour découvrir le slip masculin.

 A l’occasion d’un fête donnée en 1969, Andy Warhol suggéra à Mick Jagger, qu’il connaissait depuis six ans, le fameux concept du jeans. Ce flash, l’artiste et le cinéaste l’avait semble-t-il eu pour l’affiche de son film « Lonesome Cowboys », tourné en Arizona l’année précédente.

 The Rolling Stones acceptèrent avec enthousiasme le visuel à connotation sexuelle de Warhol, en parfait accord avec la réputation iconoclaste du groupe. Mick commenta ainsi leur collaboration : « la pochette qu’Andy fit pour Sticky Fingers fut l’emballage  le plus original, le plus sexy et le plus amusant auquel j’aie jamais été lié ».

 Pour protéger le disque vinyle de la fermeture éclair, le graphiste Graig Braun a pensé à doubler la couverture d’un carton, ce qui déclencha chez Warhol l’idée du slip.

 De nombreuses hypothèses circulent quant à l’identité du modèle : un mystère de plus autour du pape du Pop Art…

 Bon nombre de disquaires refusèrent les concept, beaucoup trop provocant à leur goût ! Dans l’Espagne de Franco, la très autoritaire église catholique interdit même l’album : une nouvelle pochette fit son apparition en Espagne.

 En rémunération, Warhol reçut de Stones des honoraires de 15.000 £. La certification disque d’or obtenue le 11 mai 1971, soit 18 jours à peine après son lancement, allait suciter chez lui une profonde insatisfaction : 500.000 exemplaires se vendent en à peine 15 jours et Warhol se plait à penser que sa pochette polisonne a largement contribué à ce succès « la prochaine fois, je demanderai un pourcentage, par exemple un penny par disque vendu ».

 En 1972, Sticky Fingers fut nommé aux Grammy Awards pour la meilleure pochette et en 2000, il décrocha la certification Platine. Cet objet culte se classe à coup sûr parmi les plus célèbres pochettes du 20e siècle !

 

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 JOHN CALE – THE ACADEMY IN PERIL - 1972

Troisième et dernière pochette “découverte” d’Andy Warhol 

 

Après la rupture du Velvet Underground en 1968, et délaissant le Rock psychédélique, John Cale tenta une incursion du côté de la musique contemporaine.

 

L’alter ego créatif de Lou Reed avait préservé ses liens d’amitiés avec Warhol. Ce dernier lui demanda de pouvoir utiliser « Days of Steam », le cinquième morceau de The Academy in Peril pour la bande-son de son film « Heat »en échange de la création de la pochette de l’album. Le troc était chose courante pour l’artiste et cinéaste, qui prêtait à l’occasion son matériel d’impression lithographique contre des appareils d’enregistrement sonore ou visuel.

 La répétition des motifs musicaux est au cœur de The Academy in Peril : Warhol tabla lui aussi sur la reprise, celle des images, dans son propre concept. Résultat : 25 clichés alignés au cordeau montrent le visage, en tout ou en partie, de John Cale. Par-dessus, un carton imite une série de cadres dia Kodachrome et se perce des 25 ouvertures correspondantes. Le simple jeu d’ouverture et de fermeture de cette « surpochette », que l’on soulève comme on tourne la page d’un livre, met donc à nu les photos de Cale.

 Après « The Velvet Underground & Nico » et « Sticky Fingers », la troisième et dernière pochette “découverte” d’Andy Warhol impose une réflexion renouvelée sur le penchant « voyeur » du Maître. Avec son regard franc, oblique ou dérobé, cerné par les simili-cadres de diapositives, Jon Cale semble avoir le privilège de nous observer. Mais il suffit d’un geste et c’est maintenant à nous de dévoiler une succession de portraits du compositeur, comme prisonnier d’une grille blanche. Ce procédé ingénieux, cet intrigant renversement des rôles, tendent à soutenir chez Warhol un goût pour le voyeurisme.

 Dans un autre registre, Warhol poursuivit ici son expérimentation de la sérialisation. A la différence des œuvres des années ’60 les variations, cette fois sur le thème de l’œil,  sont plus marquées. La répétition est en outre assurée par les cadres de dias de la marque Kodak qui dénotent eux aussi un changement par rapport aux images sans bordures, simplement juxtaposées, de la décennie précédente. Si pour Warhol la vie n’est toujours qu’une suite de geste, de pensées et de paroles identiques, sa vision présente néanmoins de nouvelles nuances dans un cadre qui, par contre, reste toujours le même.

 Fidèle à son style, l’artiste négligea ici encore le lettrage du titre de l’album et de l’artiste. Et mentionnons, pour finir, la signature façon tampon encreur au verso de la pochette.

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  LIZA MINNELLI – LIVE AT CARNEGIE HALL – 1981

 

Pochette d’Andy Warhol 

 

 Ce double album est le premier produit par la propre maison de disque de Liza Minnelli. L’enregistrement s’effectua au cours d’une série de 17 spectacles consécutifs donnés à guichets fermés en septembre 1979 au fameux Carnegie Hall de New York, un record toujours inégalé dans les annales de la mythique salle de concerts.

 

 Andy Warhol ne produisit pas le portrait de la star expressément pour le double album : il l’avait exécuté en 1978 à la suite d’une commande. Sept versions de l’œuvre furent réalisés : 3 sérigraphies sur papier et quatre sur toile. Il s’agit donc ici d’une utilisation autorisée pour laquelle Warhol obtint d’ailleurs une mention à l’intérieur de la double couverture.

 A la fois proche d’Andy et de Liza, le couturier Halston encourageait ses amis à collectionner la peinture. Il présenta Minnelli à Bob Colacello dont l’un des rôles à la « Factory » était de décrocher des commandes de portraits pour Warhol. Leur rencontre eu lieu en 1977 Chez Régine, la discothèque à la mode avant l’ouverture du Studio 54.

 Minnelli voulait être représentée en pied, ce qui explique la photo au verso, une idée qui déplut à Warhol. Halston réussit à convaincre la chanteuse qu’un gros plan serait plus réussi. Le jour de la séance de pose, Warhol ne retint qu’un seul cliché parmi tous les Polaroïds qu’il avait fait. Deux semaines après, les quatre sérigraphies sur toile étaient déjà prêtes.

 Colacello raconta la scène du dévoilement des tableaux aux couleurs dominantes préférées de Liza, le noir, le blanc et le rouge : «  Andy était trop nerveux pour être là quand elle les vit la première fois. Liza semblait plus éreintée que le jour où elle avait posé pour les photos, plus tremblante, pâle, à plat. Mais elle se réanima à la vite des portraits, qui la firent paraître joyeuse, débordante de santé, forte, sexy. « Je les adore » lança-t-elle d’une voix perçante… « N’es-tu pas magnifique ? «  s’extasia le couturier Halston. Dis à Andy que ce sont, selon moi, ses meilleurs ortraits depuis les « Marylin ». Liza les prit tous les quatre : la facture s’éleva à 70.000 $ (en 1977 !) et Liza paya rapidement.

 Ce portrait compte effectivement parmi les meilleurs de Warhol produits à cette époque. Pour le double album comme pour l’affiche du spectacle on fit place au lettrage rouge vif en dégageant un espace au dessus de la tête et en coupant une partie des épaules. Warhol adopta le même cadrage pour les trois sérigraphies sur papier en exemplaire unique qu’il tira en 1978. Quant à la couleur intense et sensuelle des lèvres, il l’obtint au moyen d’une technique particulière : dans certains portraits de femmes, Warhol fit sérigraphier les lèvres avec de la peinture émail rouge pour obtenir un effet plus saisissant.

 

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BILLY SQUIER – EMOTIONS IN MOTION – 1982

Pochette d’Andy Warhol

 

 Pour une rare fois, l’oeuvre à l’origine de cette pochette ne résulta pas d’un démarchage de Warhol ou de l’un des membres de son équipe, mais du chanteur lui-même. Lors d’une interview, Squier raconta comment il en vint à confier l’illustration de son quatrième album au peintre Pop : « Andy était au faîte de sa gloire. Alors, je l’ai appelé et il m’a dit « Certainement ». Il me demanda quelles couleurs je n’aimais pas. J’avais compris que ma maison de disques allait demander d’avoir mon visage sur la pochette, mais je ne voulais pas une simple photo de moi avec une guitare ».

 Immensément populaire à l’époque, Billy Squier pouvait s’offrir l’art de Warhol. Et comme d’habitude, ce dernier produisit deux versions de la toile de 1 m², que la Rock star acheta au prix de 40.000 $. La reproduction de ces œuvres figure au recto at au verso d’Emotions in Motion.

 Il est intéressant de noter que Squier demanda d’abord un visuel pour son disque et que les portraits suivirent ensuite. Tout le contraire de ce qui s’était produit avec Liza Minnelli et Diana Ross. Voila qui témoigne du grand impact que le maître avait réussi à créer avec ses pochettes de vinyles, autant auprès des musiciens que du public consommateur de musique.

 Warhol photographia lui-même Billy Squier. Il créa, en plus des deux tableaux, l’enveloppe intérieure du 33 tours. Ce collage abstrait de papiers déchirés, dans les mêmes couleurs, représentait un véritable défi d’impression.

 De l’album fut extrait la même année un « picture disc » (disque-photo), un 45 tours imprimé en couleurs et reprenant les portraits de Warhol sur chacune des faces. Légèrement décentrées pour éviter la perforation centrale du 45 tours, les images subirent un nouveau traitement graphique de la part du label : on ajouta des bandes mauves et rouge à droite et en haut du portrait. Deux 45 tours « normaux » furent également tirés de cet album : les couvertures reprennent en tout ou en partie les tableaux du maître.

 

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 DIANA ROSS – SILK ELECTRIC 1982

Pochette d’Andy Warhol 

C’est grâce au concours du rédacteur en chef du magazine « Interview » que Andy Warhol réalisé la sérigraphie à l’origine de cette pochette. En septembre 1976, Diana Ross avait fait la couverture du magazine avec un portrait sur fond rose de Richard Bernstein. Les ventes avaient alors atteint un sommet, à telle enseigne que Warhol avait souhaité réitérer l’exploit : « On devrait mettre un noir sur fond rose vif tous les mois » répéta-t-il plusieurs fois.

 Warhol prit lui même la photo de Diana Ross qui servit à la pochette de son nouvel album Silk Electric. Sur le Polaroïd retenu, l’ex-soliste des Supremes, vêtue d’un bustier et d’un pantalon chatoyants, prend place sur un tabouret, de profil. Son visage tourné vers l’objectif semble distant, une impression renforcée par sa posture fermée.

 Conformément à son style, Warhol opta pour un plan serré, pâlit considérablement la carnation et accentua le rouge des lèvres. Dans son journal, à la date du 11 août 1981, il écrivit : « J’ai peint quelques fonds pour les portraits de Diana Ross, je me demande de quelle couleur je devrais la faire, si elle veut être noire ou blanche ».

 A l’instar des représentations de Liza Minnelli et de nombreuses autres personnalités, la reproduction s’effectua selon les normes établies par le maître : il confie les Polaroïds à l’imprimerie Chromacomp, où les clichés sont convertis en similigravures de même dimensions que la peinture définitive. Il fait gommer les rides et autres imperfections du teint. Parfois, il fait quasiment disparaître des oreilles et des nez entiers. Il ne veut pas de similigravures subtilement nuancées, mais des images aux forts contrastes d’ombres et de lumières. Toutes les demi-teintes doivent être éliminées. Quand le cadre de sérigraphie est prêt, l’artiste se sert du typon pour repérer l’emplacement des traits du visage, puis il peint la toile au pinceau.

 En plus du sien, Diana Ross commanda à Warhol d’autres tableaux pour sa famille. Elle paya sur le champ 95.000 $ pour quatre portraits, le sien et un de chacune de ses trois filles.

 La pochette à double couverture offrait un moyen d’expression unique, en maximisant l’espace consacré au visuel. Luxe suprême, on privilégiait parfois ce type d’emballage même si l’enregistrement  tenait  sur un seul 33 tours, comme c’est le cas ici. Avec des variantes de couleurs de fond, le portrait de Diana Ross, absent de lettrage, apparaît sur les quatre faces de la double pochette : en plan rapproché montrant l’épaule sur la couverture principale, puis en gros plan à l’intérieur et au verso. Un bel exemple de sérialisation, si chère à Warhol.

 La pochette intérieure met en scène un concept novateur : une photographie de l’arrière du portrait original (la toile agrafée sur son châssis de bois et gratifiée de deux signatures de Warhol) sert de fond aux mentions du disque (titres, musiciens, studio…). A nouveau, Andy Warhol laissa entendre que sa pochette n’était rien d’autre qu’une œuvre d’art.

 

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 JOHN LENNON – MENLOVE AVE. – 1986

Pochette de Andy Warhol 

Ce disque posthume se compose d’enregistrements inédits de l’ex-Beatle John Lennon (1940-1980) effectués pour ses albums « Rock ‘n’ Roll », « Mind Games » et « Walls and Bridges » par le légendaire producteur Phil Spector.

 Le titre, au lettrage discret, fait référence à l’avenue de South Liverpool où habitait John dans son enfance, avec sa tante Mimi et son oncle George, au numéro 251. Dans cette même avenue, Julia Lennon, sa mère, connut une mort tragique en 1958, après avoir été renversée par une voiture.

 A la demande de Capitol Records, Yoko Ono supervisa la conception de la pochette. Elle confia à Warhol, qu’elle fréquentait depuis plusieurs années, deux photos de son mari extraites de sa collection personnelle. A partir de ces images, le maître créa les tableaux reproduits au recto et au verso du disque. Ce sont les portraits les plus intimistes qu’il ait jamais exécutés. Ces représentations en très gros plan de l’ex-Beatle traduisent en effet les liens amicaux qui unissaient les deux artistes. Déjà familier avec son modèle, l’artiste Pop avait peint un portrait des quatre Beatles pour la couverture d’un ouvrage sur le groupe paru en 1980.

 Warhol s’inspira d’une photographie en noir et blanc réalisée en 1971 par le célèbre photographe Britannique Iain Macmillan : le 8 août 1969, ce spécialiste du portrait avait pris le mythique cliché des Beatles sur le passage pour piétons d’Abbey Road.

 Dans un style très efficace, Andy Warhol fit allusion à la disparition du chanteur au moyen d’un fond noir et d’un grain de peau orangé, des éléments qui évoquent les innombrables veillées à la bougie survenues aux quatre coins du globe à la suite de son assassinat à New York en 1980.

 Au verso de l’album, une deuxième composition en rose sur fond bleu reflète l’engagement pacifiste de John Lennon. 

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DEBBIE « BLONDIE » HARRY – ROCKBIRD – 1986

Pochette d’Andy Warhol

 
 

 Rockbird est le deuxième album solo de Debbie Harry. En 1982, l’ex-chanteuse du groupe de New Wave « Blondie » avait pris une pause de quelques années pour réorienter sa carrière et soigner Chris Stein, son compagnon et ancien guitariste du groupe. Parallèlement à son travail de compositrice et d’interprète, Harry s’est fait connaître comme actrice de cinéma et de télévision. Elle a, à ce jour, pris part à une cinquantaine de productions.

 Warhol contribua de manière particulière à l’illustration de ce microsillon et de ses extraits. En effet, il accepta que le photographe Gunzman prenne un ephoto de la chanteuse devant une toile de sa série « Camouflage », sur laquelle il travaillait à ce moment-là. Son journal personnel en fait d’ailleurs mention à la date du 3 septembre 1986 : « Stephen Sprouse m’a apporté l’album de Debbie Harry dont il a fait la pochette et c’est vraiment très bien, très intelligent. C’est un très bon directeur artistique, il sait comment se servir de son écriture ».

 

Designer de mode, Sprouse se chargea de la conception de la pochette. Il écrivit lui-même les titres en grosses lettres moulées qui eurent l’heur de plaire au maître du Pop Art. Le visuel fut produit en quatre versions, chacune affichant un titre de couleur distincte : vert, orange, rose et jaune. Sur l’enveloppe intérieure, on reprit d’un côté la photo de Harry et, de l’autre, le motif « Camouflage » de Warhol en guise de toile de fond aux textes des chansons. Il est a noter que le motif a été utilisé « à l’envers » pour réaliser la pochette.

 

Ce motif fut également utilisé dans le vidéoclip « French kissin’ in the USA » où il apparaît constamment (couverture du lit, dinosaure gonflable, maillot de bain, décor dans la cuisine…), ainsi que sur les robes de Debbie Harry dans un autre clip et lors d’émissions télé. On reconnaît une fois de plus l’approche multidisciplinaire développée par le maître depuis son association avec le Velvet Underground et le spectacle Exploding Plastic Inevitable en 1966. Pour lui, la musique était souvent prétexte à de nombreuses déclinaisons, portées par des médias aussi variés que le disque, la vidéo, la télé, le cinéma, la scène et même la mode. On peut de plus faire un rapprochement entre son engouement pour l’ancienne égérie du groupe Blondie et celui qu’il avait connu vingt ans auparavant envers Nico, la chanteuse du Velvet Underground.

 

 

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ARETHA FRANKLIN – ARETHA - 1986

Pochette d’Andy Warhol

 

Gagnant en 1988 du Grammy Award pour la “Best R&B Vocal Performance, Female”, « Aretha » est le 3e album éponyme, après ceux de 1961 et 1980, de l’abondante discographie d’Aretha Franklin. Fille d’une chanteuse de Gospel et d’un père pasteur et interprète de Gospel lui aussi, Franklin amorça sa carrière au début des années ’60 à la Columbia Records Company.

 

En 1967, elle se lie au label Atlantic qui décida de lui assigner un répertoire jazz. Sa carrière prit son véritable envol grâce aux dix chansons qu’elle inscrivit au Top Ten américain pendant 18 mois consécutifs en 1967 et 1968, performance équivalente à celle d’Elvis Presley ! Devenue l’une des plus grandes vendeuses de disques à l’échelle internationale, Aretha Franklin s’imposa comme symbole de l’affirmation des Noirs. On associa entre autres son méga-succès « Respect » aux revendications des Afro-Américains.

 

Le visuel de la pochette de l’album « Aretha » reproduit fidèlement l’un des deux portraits de la chanteuse peints par Warhol en 1986. Dans cette œuvre transparaît le tempérament affirmé de la « Queen of Soul Music » : port de tête altier, regard franc, rare boucle d’oreille dorée… ce tableau s’apparente étroitement à ceux de la série des « Reigning Queens » qu’exécuta Warhol en 1985.

 

Le maître Pop créa jusqu’à l’enveloppe intérieure du 33 tours : constituée d’un collage de carrés verts sur fond noir, cette dernière s’agrémente d’un dessin préparatoire tracé au crayon à partir de la photo qui inspira la pochette. C’est la troisième utilisation d’une esquisse de Warhol dans le concept final d’un album. Et le maître a apposé sa signature verticalement à côté du dessin.

 

Après la sortie de l’album 33 tours, la maison de disques produisit un maxi 45 tours du titre « Jimmy Lee » avec une pochette adaptée.

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